jeudi 25 octobre 2007

Au détour du chemin elle se trouve là, immobile, longue et raide comme une brindille, à peine visible, à demi dissimulée qu'elle est par le vieux cyprès.
Elle attend, toujours à la même place, celui qui veut la voir sait qu'elle ne bouge pas, qu'elle est là toutes les nuits depuis que le monde est monde.
Inlassablement elle lave des os.
Elle les gratte, elle les polit.
Parfois, elle ne fait rien et regarde simplement tous ceux déjà alignés devant elle.
Il y en a des centaines, comme autant d'histoires.
On ne sait pas d'où viennent ces os.
Certains disent qu'elle va les chercher à l'intérieur d'elle-même.
Pour celui qui s'arrête c'est le début d'un autre temps.
Il choisit un os et l'histoire commence.
La femme brindille raconte pendant trois mots ou trois heures et cela ne dépend pas de la taille de l'os choisi.
Elle regarde longuement celui qui s'apprête à l'écouter.
Elle respire son visage, ses lignes.
Elle décrypte des signes connus d'elle seule.
Il y a toujours un peu d'inquiétude à ce moment là et celui qui est venu ne sait plus très bien s'il doit rester.
Mais cela ne dure pas.
Il sent soudain une vague de confiance déferler en son âme et il ferme les yeux.
La femme brindille casse alors l'os en morceaux minuscules qu'elle mastique.
Elle le grignote, le lèche, le ronge mais jamais ne l'avale.
Les miettes d'os tournent dans sa bouche et c'est leur musique qui donne l'histoire.
Chacun entend ce qu'il peut entendre, jamais trop, jamais trop peu, juste à sa mesure.
Ce qu'il est suffisant pour lui de connaître à ce moment précis où il est venu se rencontrer.
Il n'y a jamais de signe que c'est fini.
Mais celui qui est venu sait qu'il peut partir.
Il ouvre les yeux et suit un moment l'inlassable geste de nettoiement de la gardienne d'os.
Pas un mot n'est échangé.
Pas une parole.
Il n'y a entre les deux -celui qui est venu et celle qui est là- que ce qui est suffisant.
Exactement cela.
Ni plus, ni moins.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je l'aime bien cette gardienne d'os...

Anonyme a dit…

Merlin pensa : " l'ossement à qui veut l'entendre, mais l'os ne ment jamais, même réduit en poussière "