Dans l'immensité des temps
un jour arrive une femme
elle s'installe avec son paquet de linges et de livres
près d'un abri de pierres au bord du chemin.
Elle ne parle jamais
et offre son sourire à chacun qui passe.
A longueur de journées
elle pétrit de grosses poignées de terre
qu'elle prend sous elle
et qu'elle laisse glisser de ses mains
en petites rigoles fines.
Un jour passe un homme
qui lui demande d'où elle vient et ce qu'elle fait.
Elle ne répond pas
lui offre son sourire
et ses yeux se mettent à briller.
L'homme trouve cela étrange
et interroge encore.
La femme ne dit rien
la terre coule de ses doigts
l'homme passe son chemin.
Et les jours filent
comme la terre entre les doigts de la femme.
Et le temps passe
chargé de soleil
de pluies
d'orages et de vents
mais jamais la femme ne bouge.
Asssise
elle caresse la terre.
Un autre jour
un vieillard s'arrête
lui demande ce qu'elle attend.
Elle ne répond pas
offre son sourire
ses yeux brillants.
Le vieillard insiste
la femme griffe la terre
ne dit rien.
Bien plus tard
quand bien des lunes se sont succédées dans le ciel
arrivent une femme et son enfant.
Elles s'installent avec la femme
ne demandent rien.
Avec elle
elles caressent la terre
la creusent
la font couler de leurs mains
en petites rigoles.
Quand il fait très noir
si noir que l'on ne peut plus voir
mais seulement entendre et sentir
la mère pose la main sur le front de la femme
"une main posée juste est souvent plus importante qu'une caresse"
Et la petite fille ajoute
"je te donne cette herbe dure pour percer la souffrance qui est dans ta gorge et t'a rendue muette"
La femme sent la fraîcheur de la main
comme une brise calme
elle croque l'herbe dure
respire de toute sa force
dit
"je me suis installée ici car mon amour dort à jamais dans le trou sur lequel je suis assise
je le caresse
je le réchauffe
je lui parle et je l'écoute
dans l'infini du temps
j'apprends la souffrance d'être seule"
Et l'enfant répond
"ton amour est mort mais toi tu es vivante
tes cheveux sont doux
ton souffle est chaud
de rester ainsi à pétrir la terre
tu l'empêches de sentir la chaleur du soleil
et toi tu te flétris
tu dois te remettre en marche
dans la souvenance de lui
mais dans l'en-vie de toi"
La femme sent alors tout l'amour du monde monter en elle
elle pleure des larmes brûlantes
qui coulent à l'intérieur d'elle. Puis elle se lève
prend son paquet de linges et de livres
se met en route
et disparaît.
Depuis ce jour
un iris violet fleurit chaque année dans la terre
à l'endroit précis
où elle était assise.
A Diane.
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4 commentaires:
et tout au fond du regard un iris oscille et ouvre un chemin sans passé
ça me prend vraiment toute entière, quelle émotion. Comment arives-tu à sortir cela de toi. Nat
Quel est cet auteur qui a dit 'les contes sont au monde parce qu'ils sont nécessaires" ?
Au plaisir de revenir bientôt vous relire, Daniel
Merlin regarde au loin et esquisse un sourire. Merci Ysabelle pense t'il, je croyais que ce m onde n'existait qu'ne moi .
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